LE FASCISME EN EUROPE.

 

INTRODUCTION.

"Pris dans son sens littéral, le terme de fascisme désigne le mouvement fondé en Italie en 1919 et le système politique érigé en 1922 après la prise du pouvoir par le chef de ce mouvement, Benito Mussolini (voir §2). Il s'applique par extension à divers partis, mouvements et organisations dont l'action s'est développée dans la quasi-totalité des pays européens entre la fin de la Première Guerre mondiale et la fin de la Seconde Guerre mondiale ([1])". Effectivement, la plupart des pays occidentaux (y compris le Japon) ont été plus ou moins touchés par cette mouvance. Seuls, trois pays européens connaîtront des régimes d'État fasciste; il s'agit de l'Italie, de l'Allemagne et de l'Espagne.

Bien sûr, nous croyons aujourd'hui que le totalitarisme fasciste, basé sur la violence, et ses horribles conséquences militaires (la Seconde Guerre mondiale) font partie du monde ancien. Malheureusement, de nombreux traits de l'idéologie fasciste transparaissent encore maintenant dans certains groupes ou formations politiques de la fin du XXe s.

 

I. DOCTRINE ET PRINCIPES D'ACTION DU FASCISME

1. La pensée politique.

Le fascisme est

-         d'abord un mouvement politique en réaction aux principes de la démocratie (parlementarisme, séparation des pouvoirs, multipartisme,...).

-         Rejetant l'acquis politique des réformes des XVIIIe et XIXe s., le fascisme s'organise autour de thèmes favoris: sacralisation de la Nation, instauration d'État fort, supérieur aux droits et aux libertés des individus, affirmation de la nécessité d'un nouvel ordre social en diluant l'individu dans la collectivité, l'instauration du culte du chef, du sauveur providentiel incarnant la collectivité toute entière et ayant pour mission de guider la Nation vers l'accomplissement de son destin.

2. Les structures de l'organisation.

Par rapport aux partis traditionnels, les structures des mouvements fascistes sont originales, nouvelles.

-         Il s'agit de partis fortement centralisés, très hiérarchisés où toute autorité émane d'un chef.

-         Ce sont également des partis militarisés. Non seulement, la hiérarchie favorise une discipline stricte, mais les caractères extérieurs de l'institution militaire sont aussi présents (les uniformes - Chemises noires en Italie ou les Chemises brunes, appelées aussi S.A., en Allemagne- les drapeaux, les insignes et grades,...) Du reste, des milices internes sont mises sur pied; elles suivent un rituel (saluts, défilés,...) et sont chargées d'actions spécifiques de type militaire au service de l'idéologie politique.

-         Par ailleurs, les partis fascistes ne supportent pas la concurrence politique, ils veulent tendre vers un monopole politique: il s'agit de conquérir l'État et de le façonner à l'image de l'idéologie fasciste. On parle dès lors de totalitarisme.

 

II. LE FASCISME ITALIEN: les étapes d'un régime totalitaire

1.      En 1919, Benito Mussolini, un ancien socialiste, fonde les faisceaux italiens de combat (F.I.C.), un mouvement composé de mécontents et d'insatisfaits. Ce mouvement démagogique défend des idées contradictoires ou populistes ou radicales de droite. Parallèlement, les squadristes (les Chemises noires) n'hésitent pas à s'en prendre violemment à tout ce qui est de gauche, voire à assassiner les opposants au fascisme.

2.      En 1921, les F.I.C. deviennent un parti politique, le Parti national fasciste (P.N.F.). Le parti défend des idées plus radicales encore: ultra-nationalisme, libéralisme économique strict, État fort (contrôlé par une police spéciale, politique internationale expansionniste. On compte plus de 700 000 adhérents au printemps 1922.

3.      En 1922, voulant prendre le pouvoir de force, Mussolini organise une marche sur Rome. Le roi Victor-Emmanuel III lui confie la direction du gouvernement. Se réservant les postes clés, il obtient les pleins pouvoirs pour un an. C'est plus qu'il n'en faut pour installer une véritable dictature. En modifiant la loi électorale et en créant un climat de peur, il finit par obtenir la majorité absolue au scrutin de 1924.

4.      En 1924, Mussolini devient le chef incontesté de l'Italie: en un an, il fait adopter des lois qui éliminent le principe démocratique à tous les échelons de l'État et met en place l'OVRA, une police politique.

5.      En 1929, il signe avec le Saint-Siège les accords du Latran: le Vatican redevient un État souverain (de 44 ha), mais renonce à toute revendication politique sur Rome et l'Italie.

6.      Dans les années '30, Mussolini entreprend une "fascisation" des cadres et une formation idéologique des jeunes. Tous les journaux d'opposition sont supprimés. En 1936, il détient le pouvoir exécutif et législatif et développe un véritable culte autour de sa personne (il se fait appeler le Duce).

7.      Sur le plan économique, il choisit la voie du dirigisme et de l'autarcie en mettant sur pied une politique de grands travaux publics. Malgré une certaine reprise vers 1935, le bilan global est un échec.

 

III. L'Allemagne naziE.

1. De la république de Weimar au IIIe Reich (1919-1933).

La situation en Allemagne juste après la Première Guerre mondiale reste fort tendue. Le régime politique passe d'un empire (le IIe Reich) à une république parlementaire (République de Weimar); l'Allemagne doit supporter la défaite et ses conséquences territoriales (Traité de Versailles), politiques et économiques; enfin, la population, surtout les classes sociales les plus défavorisées, est de plus en plus tentée par les partis marxistes-léninistes. Dès lors, le nouveau régime doit faire face à un climat d'opposition grandissant. Les difficultés économiques s'amplifient à un point tel que l'inflation monétaire s'accélère sans bientôt plus de contrôle. Ce sont les moins fortunés qui seront les plus touchés par cette crise. Dans ce contexte économique difficile, l'idée nationaliste s'amplifie: le Diktat du traité de Versailles, l'occupation de la Ruhr, le plus grand bassin sidérurgique d'Allemagne, la perte territoriale de régions germanophones, ... renforcent dans la population le sentiment que la Nation allemande est en péril. Un parti, le NSDAP (Nazional-Socialistische Deutsche Arbeiterpartei), dirigé par A. Hitler, tente en '23 un putsch à Munich. Il échoue et Hitler est jeté en prison pendant 13 mois. C'est durant cette période qu'il écrit son livre: Mein Kampf (Mon combat).

A partir de 1925-'26, Hitler réapparaît sur la scène politique, mais cette fois en tentant d'utiliser les mécanismes de la démocratie. Son talent oratoire, ses manipulations de foules et la propagande le servent pour le rendre populaire; il développe ses discours autour du nationalisme, du racisme, de l'antisémitisme, de l'antiparlementarisme, des désordres sociaux, de l'anticommunisme,... Il promet le plein emploi et le retour de la grande Allemagne. Parallèlement, les S.A. (Sturmabteilungen: Sections d'assaut) multiplient les agressions sur les opposants ou les Juifs. Pourtant en 1932, le NSDAP obtient 38 % des sièges au Reichstag (Parlement). Quelques mois plus tard, Hitler est nommé chancelier par le président Hindenburg. Un an plus tard, Hitler veut organiser des élections sous un climat de terreur;  il ne rassemble que 44 % des suffrages mais reçoit malgré tout les pleins pouvoirs du Reichstag. L'Allemagne bascule dans le régime nazi en mars 1933.

2. La formation de l'État nazi et ses méthodes:

En six mois, l'Allemagne bascule dans la dictature: dès le 23 mars Hitler obtient de l'assemblée les pleins pouvoirs pour quatre ans. Le procès des incendiaires du Reichstag va servir de prétexte à l'interdiction du Parti communiste et du Parti social-démocrate, ainsi qu'à l'annulation des droits civils et constitutionnels et à l'ouverture des premiers camps de concentration (Dachau fut construit en mars). La Gestapo est créée en avril, les syndicats sont dissous le mois suivant. Devenu parti unique en juillet, le Parti national-socialiste obtient 92 p. 100 des voix lors des élections d'octobre

1933 et est déclaré "indissolublement lié à l'État" par une loi du  1er décembre 1933. Très vite, Hitler met en place sa politique répressive et totalitaire:

-         politique antisémite: lois antijuives, pogroms, régime de terreur, …

-         suppression de tous les organes sociaux et politiques non nazis (partis politiques, syndicats, associations de jeunesse, …). Rien n'est permis qui ne soit organisé par le parti nazi.

-         création d'un État policier: outre la Gestapo, chaque citoyen est incité à la délation; les SS organisent leur propre service de renseignement.

-         volonté de manipuler et d'endoctriner les masses: Hitler confie à Goebbels d'organiser systématiquement une propagande favorable au régime en ciblant surtout les jeunes.

-         "l'ordre nouveau": un des objectifs d'Hitler est de redresser l'économie allemande. Il choisit de s'allier aux grandes entreprises allemandes et au secteur bancaire pour mener des politiques de grands travaux (autoroutes, chemins de fer, …) et surtout investir dans l'armement .

La remilitarisation de l'Allemagne et son projet de regrouper tous les peuples de langue allemande au sein d'une même nation, au cœur du projet nazi, conduisirent inéluctablement l'Allemagne vers une politique expansionniste qui devait déclencher la Seconde Guerre mondiale.

Les nazis s'activèrent politiquement et diplomatiquement à la création de la "grande Allemagne", au besoin par la force. Les principales étapes furent la remilitarisation de la Rhénanie (1936), la formation de l'axe italo-allemand (1936), l'intervention dans la guerre civile espagnole (1936-1939) en faveur des nationalistes de Franco, l'Anschluss (en fait une annexion) avec l'Autriche (1938), le démantèlement de l'État tchécoslovaque (1939), la signature d'un pacte de non-agression avec l'Union soviétique. L'invasion de la Pologne le 1er septembre 1939 déclencha la 2de G. M.

La conquête territoriale et la domination des peuples au nom de la prétendue supériorité de la "race aryenne" étant inhérentes à ce projet, l'Europe fut mise à feu et à sang comme jamais dans l'histoire. La Seconde Guerre mondiale fit 50 millions de victimes. La "solution finale" mise en œuvre par les nazis pour exterminer les juifs aboutit à un véritable génocide (plus de 6 millions de morts)..([2])

 

IV. L'ESPAGNE FRANQUISTE.

Le franquisme, proche du fascisme italien, s'est implanté en Espagne suite à la guerre civile. Au départ, en 1936, deux camps s'affrontent sur la scène politique: les nationalistes, conservateurs de droite voire d'extrême droite et les républicains, composés des plusieurs partis de gauche ou d'extrême gauche (socialistes, communistes, trotskistes, anarchistes, syndicalistes,...). Cette opposition va se radicaliser et finir, en juillet 1936, en guerre civile. Après trois ans de combats d'une extrême violence (plus d'un million de victimes), les troupes nationalistes, commandées par Franco et soutenues par des détachements italiens et allemands (Légion Condor), remportent la victoire. Le régime fasciste s'installe en Espagne jusqu'en 1975. Toutes les libertés démocratiques sont supprimées (partis, syndicats, associations,...). Seul, la Phalange (parti fasciste espagnol) organise la vie politique, sociale, économique et culturelle. Une police d'État renforce le contrôle exercé par le Caudillo (le conducteur), le général Franco. Il faudra attendre la mort du dictateur pour assister au renouveau démocratique en Espagne.



[1]  R. GHIRSHMAN, Fascisme, dans Encyclopédie Universalis, vol. 6, Paris, 1980, p. 937.

[2] National-socialisme, Encyclopédie Microsoft® Encarta® 99. © 1993-1998.